La Parole à Gilbert Tarozzi - Administrateur du CEN Aquitaine

Posted on: January 04, 2018 14:10pm
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Propos recueillis par Tangi Le Moal le 31/10/2017 

Entretien avec Gilbert TAROZZI, nouvel administrateur du CEN Aquitaine

Propos recueillis par Tangi LE MOAL

  • Quel est votre parcours ?

Natif des bords de Garonne à Valence d'Agen (Tarn-et-Garonne), j'ai grandi à Nérac (Lot-et-Garonne) où j'ai vécu mes vingt-cinq premières années. Ma scolarité au Lycée Nationalisé Mixte, devenu Lycée Georges Sand de Nérac m'a beaucoup marqué. Sur les conseils de mes professeurs, j’ai ensuite intégré l’Université de Talence pour y étudier la chimie, la biologie et la géologie, tout en étant maître-auxiliaire au Lycée de Nérac, ma situation familiale difficile m’imposant de travailler jeune. En tant que maître-auxiliaire, j’ai participé à l’animation socio-culturelle de l’établissement, et organisé de sorties de découverte sur les thèmes de la géographie, de l’histoire, de l’architecture (religieuse et militaire), et de la Nature. Après 4 années de maîtrise auxiliaire, j’ai également abandonné le cursus universitaire, et eu diverses expériences dans l'attente d'une situation stabilisée dans la fonction publique (mairie et syndicat intercommunal à vocation multiple, banques, assurances).

Au printemps 1981, j’ai rejoint sur concours la préfecture des Landes, avec l’intention d’y faire toute ma carrière. En février 1990, après 10 ans de classes dans l’administration préfectorale, j’ai demandé à être affecté au bureau de l’Environnement, suite à la publication au Journal Officiel du livre 2 nouveau du Code Rural relatif à la Protection de la Nature. A la préfecture, j’avais la charge de tout le volet de la protection de la Nature (faune, flore, espaces naturels, chasse, pêche, …). J’ai poursuivi ces missions au sein de la DDTM (Direction Départementale des territoires et de la Mer) des Landes à partir de janvier 2010, en tant que chef du bureau des milieux naturels et de la biodiversité.

En tant qu’agent de la Préfecture, j’étais acteur de toutes les politiques publiques environnementales mises en œuvre durant cette période, notamment Natura 2000, le Grenelle de l’Environnement, la Stratégie de Création des Aires Protégées (SCAP), ou la création des Réserves Naturelles d’Orx, Tercis-les-bains ou Arjuzanx. J’ai toujours été attaché à suivre ces politiques jusqu’à leur aboutissement.

A la veille de mon départ en retraite, à Bazas, à la faveur d’une réunion avec les animateurs des sites Natura 2000 de la région, j’ai également témoigné de la mise en place du réseau Natura 2000 dans les Landes avec tous les acteurs locaux, dont j’ai tenu à souligner le rôle fondamental en tant que partenaires de l’Etat.

Ce parcours m’a d’ailleurs valu deux distinctions honorifiques décernées sur la proposition des préfets, nominations dans l'Ordre du Mérite Agricole en juillet 1996, en tant que chargé des affaires d'environnement, de chasse, de pêche, des réserves naturelles et des sites à la préfecture des Landes, et dans l'Ordre National du Mérite en novembre 2010 au titre de l'écologie, en tant que chef de bureau au ministère, pour 42 années d'activités professionnelles et de services civils. J'ai été particulièrement sensible à ces distinctions qui, au-delà de la manifestation de reconnaissance à mon égard, témoignent de toute l'attention portée au domaine de l'environnement dans les politiques publiques. Me reviennent en mémoire les propos d’un préfet qui, au moment de son départ, avait enjoint chacun d’entre nous à persévérer et à croire en ce que nous faisions, et à penser chaque jour à notre utilité sociale.

Dans mon message d'au-revoir aux agents de la DDTM et de la préfecture à la veille de mon départ à la retraite, j’ai tenu à préciser que d'autres activités m'attendaient, avec la même passion et le même engagement pour la préservation de notre patrimoine naturel et la vie de nos territoires.

  • Comment connaissez-vous le CEN Aquitaine ?

J’ai connu le Conservatoire des Sites d’Aquitaine durant mon affectation au bureau de l’Environnement de la Préfecture, en 1990. Les préfets avaient été destinataires d’une instruction ministérielle sur l’action des Conservatoires Régionaux d’Espaces Naturels, afin d’en assurer la promotion auprès des différents partenaires du territoire, et notamment des collectivités. D’ailleurs, la récente loi n° 2016-1087 du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages vient compléter l'article L. 414-11 du code de l'environnement, et renforcer la reconnaissance des conservatoires régionaux d'espaces naturels.

J’ai ensuite appris à connaître le Conservatoire au travers de ses actions sur les tourbières de Mées, puis dans le cadre de la gestion des sites des Neuf Fontaines, à Bostens, et de la carrière de Tercis-les-Bains. J’avais également assisté, en avril 2013 à Bordeaux, à la restitution des résultats du programme régional mené par le CEN sur les papillons de zones humides. Nous avions d’ailleurs, à l’occasion d’un Comité de pilotage sur le site Natura 2000 des barthes de l’Adour, diffusé un extrait du film « O papillons » qui en est issu.

J’ai également participé régulièrement aux Assemblées Générales du CEN en tant que représentant des services de l’Etat du département des Landes.

  • Comment percevez-vous le CEN ?

J’ai toujours perçu le CEN de façon très positive, en tant qu’acteur et partenaire fondamental pour la sensibilisation aux questions environnementales et la gestion des espaces naturels. L’objectif des CEN, qui est de préserver les milieux naturels en impliquant la société civile et les collectivités, avec le souci constant d’un lien de proximité avec tous les acteurs du territoire, rejoint ce que, personnellement, j’ai toujours pratiqué dans les relations avec les partenaires de l’administration en tant qu’agent de l’Etat.

Le CEN a en outre été un partenaire important de l’Etat dans le cadre de Natura 2000, pour l’élaboration des Documents d’Objectifs et l’animation des sites ou dans le cadre de l’appui aux opérateurs et animateurs de sites Natura 2000 pour la prise en compte du Vison d’Europe.

En tant que fonctionnaire de l’Etat, je me suis efforcé d’accompagner le CEN dans ses actions, et de le faire connaître auprès de divers partenaires.

  • Pourquoi avez-vous choisi de nous rejoindre aujourd’hui ?

Depuis quelques années, dans la perspective de mon départ à la retraite, j’ai songé à rejoindre le CEN Aquitaine pour participer à son action, et mettre à profit l’expérience que j’ai acquise dans la mise en œuvre de politiques environnementales durant 30 années dans le département des Landes.

  • Comment souhaitez-vous vous impliquer au sein du CEN Aquitaine ?

Comme je l’avais émis à l’Assemblée Générale d’Auros, au printemps 2017, j’entends m’impliquer au CEN en tant qu’administrateur, pour accompagner, orienter et conseiller, par le fruit de mon expérience, afin de contribuer à l’implication du CEN dans le département des Landes. Je suis particulièrement attaché au devenir du site des carrières de Tercis-les-bains, aujourd’hui Réserve Naturelle Régionale, et à cet environnement particulier constitué d’un réseau de sites naturels de grand intérêt au sein de l’agglomération dacquoise.

  • Quel est votre rapport à la Nature ?

Depuis la prime enfance, mon rapport à la Nature a toujours été une relation intime, un lieu de ressourcement. Face aux épreuves de la vie, c’est toujours la Nature qui m’a permis de trouver la paix de l’âme. La Nature a toujours pour moi représenté la beauté, l’authenticité, ainsi qu’un ordre qui doit toujours nous inciter à l’humilité et au respect. J'ai souvent écrit dans mes échanges internes à la DDTM que la rencontre avec la nature est chaque fois l'occasion d'une leçon de vie. Quand j’y organisais des sorties au brâme du cerf, c’était pour offrir à chacun l’occasion de saisir les moments magiques qu’offre la Nature, sous les étoiles, au clair de Lune.

Je suis particulièrement sensible aux paysages, qui suscitent toujours une émotion poétique. La loi du 8 août 2016 a d’ailleurs introduit récemment une définition du paysage (Article 171 ajoutant des articles L. 350-1 A à L. 350-1 C au début du titre V du livre III du code de l'environnement concernant les paysages) : "Le paysage désigne une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l'action de facteurs naturels ou humains et de leurs interactions dynamiques".

Particulièrement amoureux de la lande, dès mon enfance néracaise, je ressens singulièrement cette relation dans les landes de Gascogne. C'est le même lien charnel à la Nature que j'ai toujours relevé chez les Landais, sans doute lié au caractère autrefois hostile de ce territoire. Comme l’évoquait François Mauriac, la lande « ensorcèle ». Je fais également miennes deux citations en préambule du mémoire de fin d'études de Caroline Couffignal, alors élève ingénieur agronome à l'Agrocampus Ouest de Rennes, que j'ai encadrée comme stagiaire au sein de la DDTM des Landes en 2012 sur le thème de la mise en oeuvre de la SCAP dans le département :

- L’une, relevée sur une affiche touristique datant de 1937, à l'Ecomusée de Marquèze à Sabres (Landes) : "Qui ne rêve de ces pays lointains où la nature, dans l'éternelle pureté de sa beauté première, a échappé aux exigences factices de l'homme civilisé ? Qui, du fond de sa quotidienne prison, ne soupire après ces contrées sans barrière où il connaîtra enfin, devant des horizons infinis, le souffle puissant du large, la sereine poésie des lacs, le silence embaumé de la forêt ? Ne cherchez pas au loin le pays de votre rêve ! Il est ici, tout près mais si loin de tout, sur les bords du littoral du Sud-Ouest, le long de ces 200 kilomètres de dunes qu'accompagnent à perte de vue la sombre houle des pins et la frange argentée de l'écume océane ... c'est la lande."

-    L’autre, de Victor Hugo : "C'est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humaine ne l'écoute pas."

La relation particulière d'intimité avec la nature, le sentiment de paix et de sérénité que procure la lande me conduit à faire référence à l’oeuvre littéraire d'Emmanuel Delbousquet, poète romancier originaire de Sos (Lot-et-Garonne), à la limite du département des Landes, qui rend également hommage au paysage landais. Mort très jeune à l'âge de trente-cinq ans, cet écrivain est souvent qualifié de "plus grand écrivain landais" ou de "plus grand poète de la lande". Ses oeuvres ont été rééditées par l'Association des Amis du Vieux-Nérac, notamment l'historien Hubert Delpont, professeur au lycée Georges Sand de Nérac. Dans le roman Le Mazareilh, on relève notamment ces quelques passages sur le paysage landais :

- « carré nu des sables d'un gris de cendre bleuté »,

- « grandes fougères déjà mortes se figeant en palmes de cuivre aux fines dentelles que le matin avait givrées »,

- « chemin de sable s'ouvrant en sillon blanc comme du grès en poudre à travers la bruyère brûlée »,

- « lune qui éclairait la lande sous une brume qui montait à ras du sol, comme un mirage d'eau lumineuse, une mer aux vagues de silence qui avançait peu à peu, mêlée à la lueur lunaire »,

- « vent tiède qui chante dans les pins immobiles avec des glissements de mer montante sur les sables et lourd de senteurs résineuses ».

 

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